Cause et effets

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Une cause peut avoir de nombreux effets, ou un seul. Elle peut aussi avoir une chaîne interminable de ces suiveurs sans remords, une succession indéfinie d’écrasements, de rebonds, d’évitements, collisions, chocs, caresses ou brûlures.
On peut voir la vie comme une cause à effets multiples et variables qui dessinent chacun de nous. Avec les explorateurs de l’Ouest la famille est une cause suffisante, la communauté un effet nécessaire qui reste à définir entre le vacarme des violences et le murmure lointain de la démocratie.

Peut-on aimer un film malgré sa musique ?
Pour être sincère, je reconnais la musique d’Alexandre Desplat assez rapidement quand je regarde un film, et c’est pour une mauvaise raison, je ne l’aime que très rarement et peut-être jamais. Sa composition, ses arrangements, même si parfois l’instrumentation peut me séduire, me fatiguent et enlèvent beaucoup à ce que je regarde par le conformisme et la banalité que mes oreilles y perçoivent; souvent trop utilitaire à mon goût cette musique ne me va pas. Pourtant parfois les images et le reste de l’œuvre arrivent à dépasser cette écoute déçue pour aller au delà de l’élément musical si souvent essentiel au cinéma.

La musique de western évoque pour beaucoup l’incontournable génie d’Ennio Morricone , mais aussi la bande-son atmosphérique inoubliable de Neil Young pour Dead man, les longues cordes frottées de Warren Ellis avec Nick Cave pour The assassination of Jesse James by the coward Robert Ford, la douce expérimentation de Ryuichi Sakamoto et Alva Noto dans The Revenant
Dans Sisters Brothers, nouvel opus de Jacques Audiard, on retrouve des habitudes de musique répétitive avec un accord mineur agrémenté de notes sur piano préparé, des harmonies agréables, un arpège de clavier sur des violons étirés avec une jolie superposition harmonique, des timbales réverbérées, trop sans doute, un morceau très mélodique qui joue l’apaisement pour conclure…mais rien qui ne marque une tentative, une idée originale, une perspective dans le rapport de l’image de ces hommes recouverts de poussière dans cet espace en construction trop grand pour eux, avec la musique qui les accompagne.

Des cow-boys et des sons.
Quand on se projette dans l’Amérique de 1851, l’image des grands espaces et les détonations de revolvers dans un cadre composé de bruits de bois, de chevaux, de nature et de frottements de cuir nous vient directement en tête.
Le son d’une plume qui sert à écrire ce nouveau monde sera vite mécanisé. Notre historicisme auditif personnel, forgé par des centaines de westerns américains ou européens, écrit les sonorités par avance, il déroule les fantasmes appris d’une époque et d’un espace quasiment mythiques. Sur ce point les Sisters Brothers ne nous étonneront pas.
Jacques Audiard se soucie peu des grands espaces, même s’ils sont présents, il vise les hommes qui se débattent à l’intérieur. Le film ouvre d’ailleurs sur un échange de voix qui crient, puis des coups de feu en extérieur nuit.
Un joli détail musical se rencontre par la suite dans ce quotidien qui s’invente, tiraillé entre invention et tradition. Quand on imagine un saloon nous vient presque instantanément le son du piano droit désaccordé et peut-être aussi celui d’un violon accompagné de son infatigable battement de pied. Ici ce sera un cymbalum qui anime la fête et marque la fraîche arrivée de ces européens sur des terres ancestrales, tout comme une boîte à musique, posée sur le bureau de Mayfield, la tenancière du lieu, première et quasiment unique voix féminine, très androgyne, à apparaître dans le récit.

On peut sans doute aimer un film dont la musique nous déplaît, tout en regrettant dans le cas présent, que la belle vision du western, genre cinématographique par excellence (André Bazin) dont l’approche est si ardue aujourd’hui, offerte par Jacques Audiard ne se présente pas dans un écrin musical digne du bijou qu’il contient et susceptible de faire scintiller ce moment complexe de sensibilité et d’intelligence.

Les frères Sisters (The Sisters Brothers), un film de Jacques Audiard, France, 2017, 1h 57 / Avec : Joachin Phoenix (Charlie Sisters), John C. Reilly (Eli Sisters), Jack Gyllenhall (Morris), Riz Ahmed (Hermann Kermit Warm), Rutger Hauer (Commodore), Carol Kane (Mme Sisters) / Scénario : Jacques Audiard, Thomas Bidegain, d’après l’oeuvre de Patrick DeWitt / Musique : Alexandre Desplat / Photographie : Benoît Debie.


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